RVCQ 2013: Le grand ailleurs et le petit ici (Michèle Lemieux)

LE-GRAND-AILLEURS-ET-LE-PETIT-ICI

Une autre édition des Rendez-vous du cinéma québécois qui s’achève, ponctuée de délicieux moments. Sur l’écran comme à l’extérieur les forces en présences se sont animées pour prouver que notre cinéma est plus en santé que jamais. C’est une occasion inestimable de prendre le pouls de ce qui se passe dans la province et du même coup, d’offrir la chance à des créateurs de rentrer en contact avec le public cinéphile.

Après une tournée mondiale ponctuée de plusieurs distinctions, dont un arrêt aux Sommets du cinéma d’animation à la Cinémathèque québécoise, le dernier film de Michèle Lemieux a été présenté aux Rendez-vous du cinéma québécois. Il faut dire que le court-métrage avait été projeté lors des derniers RVCQ pendant la soirée d’ouverture. Donc, cette projection représentait une forme d’hommage au film d’animation québécois le plus encensé de la dernière année. Il sera également fort probablement décoré d’un Jutra ce mois-ci.

Pour ma part c’était la première fois que je visionnais le film de Lemieux et laissez moi vous dire que j’ai été soufflé. Nous n’avons plus à souligner le brio de nos cinéastes d’animations, mais encore une fois je dois le rappeler. La qualité de la production qui émane du Québec est sans bornes. Ce court-métrage représente fièrement le talent québécois qui suinte de partout. Coup de coeur absolu de cette édition des RVCQ.

Pendant deux ans, Lemieux a fabriqué sur un instrument que l’on appel le « Tableau d’Épingles » ce qui est devenu un film de 15 minutes. À la fois réflexion sur les limites de la réalité et sur le procédé de fabrication du film lui-même, le somptueux court-métrage prend vie sous l’oeil du spectateur conscient de l’illusion à l’oeuvre.

Un pianiste reclus à l’intérieur d’une pièce ovale découvre tranquillement ce qui compose son monde. Il sort à la recherche de la frontière de sa réalité (qui sous notre oeil de spectateur est le tableau lui-même) et prend finalement conscience de sa propre composition. Entrecroisement de réflexions incroyablement pertinentes sur le mouvement et le médium duquel nous sommes collectivement prisonniers.

Le film sera bientôt disponible sur le site de l’ONF:

http://www.onf.ca/film/grand_ailleurs_et_le_petit_ici

RVCQ 2013: Roche Papier Ciseaux

ROCHE PAPIER CISEAUX (2013)

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Date de sortie: 22 février (première le 21 février aux RVCQ)
Durée: 1h55
Réalisateur: Yan Lanouette Turgeon
Pays: Canada (Québec)
Distribution: Roy Dupuis, Samian, Remo Girone

Roche c’est Boucane (Samian) un jeune amérindien qui part vers Montréal à la recherche de nouveaux défis. Papier c’est Lorenzo (Remo Girone), un immigrant italien qui vend des ordures dans l’espoir d’offrir à sa femme mourante un dernier voyage salvateur. Ciseaux c’est Vincent (Roy Dupuis), un médecin raté qui copine avec la mafia chinoise. Le titre fait aussi référence à la chance, le hasard, l’intervention divine, bref aux aléas du destin. Ce dernier se montre aux moments les moins attendus à l’intérieur d’un scénario fichtrement bien ficelé.

L’univers de Yan Lanouette-Turgeon partage plusieurs lieux communs avec celui d’Érik Canuel et même celui d’André Forcier. Ceci ne l’empêche pas de se montrer très singulier et rafraîchissant dans la proposition actuel du cinéma québécois. Tout en empruntant beaucoup au cinéma de nos voisins du sud, le réalisateur ne tombe pas dans les pièges de l’américanisation systématique dont sont victimes plusieurs de nos grandes productions.

Le film incorpore une série d’hommages bien sentis à des grands cinéastes hyperactifs des 20 dernières années. Un peu « Raoul Ruiz » dans la disposition des accessoires et des personnages dans l’espace, tout en étant très « frères Coen » dans la forme du récit et très « Tarantinien » dans le cadrage et la musique, le cinéphile moyen est constamment sollicité dans ses connaissances du septième art. Dans le cas de Tarantino, l’hommage se rend jusqu’à l’emprunt du fameux « trunk shot » du réalisateur de Pulp Fiction. À ce moment-là, plus aucun doute, il ne s’agit pas d’un simple pastiche, mais d’un réel hommage au cinéaste. À la fois la grande force et la grande faiblesse du film, cette cavalerie d’hommages s’imbrique parfaitement dans le style survolté de la plume et de la caméra de Yan Lanouette-Turgeon.

YLT arrive à jongler habilement et audacieusement avec les trois trames narratives. On ne se gêne pas de laisser un personnage de côté pendant un acte entier pour ensuite le ramener et, par le fait même, ramener avec lui toute la charge émotive qu’il transporte. C’est en suggérant la présence du personnage qu’on arrive à garder le sort de celui-ci frais à l’esprit du spectateur. C’est grâce à des rappels périodiques à travers la mise en scène que l’on ne se désintéresse jamais de ces personnages à prime abord bien développés. Si on prend le cas de The Good, the Bad and the Ugly de Sergio Leone, qui n’échappe pas à la série de clins d’oeil du film, on ne quitte pas un personnage plus de 15 minutes. C’est très risqué de faire autrement, donc chapeau au cinéaste qui parvient à accomplir ce tour de force.

Il serait criminel de ne pas souligner le travail des comédiens qui, du premier au dernier, sont complètement investis en leur personnages. Bien sûr il y a les trois têtes d’affiche, mais il y a aussi Roger Léger en criminel de série B, Frédéric Chau en flamboyant homme de main de la mafia et Marie-Hélène Thibault en prostituée magnétique. Tous parviennent à ne jamais tomber dans la facilité, malgré le fait que leurs personnages soient très typés.

En ce qui à trait aux lieux, on se croirait sur les routes américaines, mais nous sommes bien au Québec. Peut-être est-ce parce que nous sommes si peu habitués de voir le nord québécois ainsi filmé, mais en tous les cas les lieux s’avèrent tous très importants à travers la mise en scène. Leurs apparente intemporalité leurs confèrent une pointe de surréalisme déjanté.

Même si le tout manque d’originalité et les influences appuyées agaces, nous sommes transportés dans ce Montréal sombre et quasi-surréel avec un plaisir grandissant. Yan Lanouette-Turgeon évite les problèmes de ton et livre un film bonbon ponctué de quelques magnifiques moments de cinématographie.

Je donne: 3½ poche de thé sur 5.
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Les rendez-vous du cinéma québécois 2013

Cette année encore les Rendez-vous du cinéma québécois nous proposent un regard sur le présent et sur l’avenir des films d’ici. Comme à chaque année, on pourra voir ou revoir les films québécois de 2012 sur grand écran au cinéma du Quartier Latin. Aucun titre n’échappe à cette édition, même que nous pourrons voir quelques films qui n’ont pas eu la chance de trouver un distributeur cette année. Seul festival de cinéma entièrement consacré à notre filmographie, les RVCQ offrent une vitrine plus qu’appréciable en cette période pour les créateurs de chez nous. Pour une 31e reprise, on se lance dans une très exhaustive étude du cinéma québécois contemporain, un film à la fois.

La question de l’heure, c’est-à-dire la rentabilité du cinéma québécois, sera définitivement au coeur des conversations à l’entrée et à la sortie des salles. Après le très couru caucus de Ciné-Québec réservé au milieu de la production, il sera intéressant pour le public d’assister aux discussions du panel invité des 5 à 7 alors que l’on parlera rentabilité et rayonnement. Une discussion judicieusement scindée alors que d’un côté nous nous retrouvons avec des films mondialement célébrés qui font pâle figure au box-office (Camion, Rebelle, Laurence Anyways) et de l’autre des films sédentaires qui cartonnent (Omertà, Les pee-wee 3D).

Il serait idiot de ne pas souligner la toujours très importante présence de films documentaires cette année. Pas moins de 35 long-métrages documentaires seront présentés pendant les rendez-vous, dont quelques primeurs. Au niveau des courts-métrages, même là on brise des records avec plus de 200 films (bref la presque totalité de la production québécoise). On offre une vitrine incomparable aux jeunes artistes désireux de s’exposer avec deux programmes de court métrages, dont une série de variations sur un même thème. Ça promet.

Comme on l’avait déjà annoncé, le film d’ouverture sera Roche Papier Ciseaux qui sortira en salle dès le lendemain de cette grande première. Semblant vogué entre un style «trasho-ludique» et néo-noir, le premier long-métrage de Yan Lanouette Turgeon met en vedette Roy Dupuis et le rappeur Samian dans un chassé-croisé qui, selon Dominique Dugas directeur des RVCQ, est digne des élans narratifs des frères Coen. Le film de cloture à l’opposé semble être un film tout ce qu’il y a de plus atypique: Le météore de François Delisle. Héros obscur du cinéma indépendant, Delisle offre à tout coup d’excellents essais et celui-ci semble, selon les premiers échos, un de ses plus réussis. Sa sortie est prévue pour le 8 mars.

Il y a également une triste nouvelle à laquelle on s’était préparé. Cette année le festival perd un véritable sanctuaire: la Ciné-Robothèque de l’ONF qui accueillait une partie importante de la programmation. Suite aux compressions budgétaires de 2012, l’Office national du film n’a eu d’autre choix que de fermer définitivement sa seule salle de projection. On aurait souhaité des RVCQ qu’ils en profitent pour investir un nouveau lieu, mais il n’en est rien. La programmation a simplement été resserrée autour des autres salles.

On se désole aussi du manque de primeur. Mis à part les films d’ouverture et de clôture qui ne seront accessibles que sur invitation, le public se contentera de quelques miettes. Le festival ne s’est jamais donné comme mot d’ordre de surprendre les festivaliers avec des prises énormes, mais le nouveau Robert Morin ou un cinéaste du genre aurait trouvé une niche de choix dans cette programmation aussi invitante.

Voici quelques projections à ne pas manquer en cette édition 2013:

 

Roche Papier Ciseaux de Yan Lanouette Turgeon

La première sera sur invitation seulement, le film sortira en salle le lendemain. 21 février 19h00 (Cinéma Impérial)

 

La ferme des humains de Onur Karaman

Se voulant le point d’orgue du multiculturalisme au cinéma, ce film intrigue comme il inquiète. 22 février 17h30 (Cinéplex Quartier Latin)

 

The Good Lie de Shawn Linden

Autrefois connu sous le nom de Rose by Name, le film de l’anglophone Shawn Linden semble avoir connu plusieurs problèmes de distribution. Peut-être une rare chance de le voir sur grand écran. 22 février 19h30 (Cinéplex Quartier Latin)

 

En attendant le printemps de Marie-Geneviève Chabot

On connaît peu de choses du documentaire de la jeune cinéaste issue du mouvement Wapikoni, si ce n’est que pour une trop rare fois nous y explorerons le Grand Nord québécois. 23 février 19h00 (Grande Bibliothèque)

 

Finissant(e)s de Rafaël Ouellet

Le cinéaste revient au style qu’on lui connaît dans un docu-fiction plein de promesses. Après le grand succès de Camion (sa première production pleinement financée), les attentes sont élevées. 23 février 19h30 (Cinémathèque)

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Soft Gun de Alexandra Bégin, Guillaume Collin et Jesse Kray

Projet autofinancé de trois étudiants de l’Université Concordia. Un road movie ambitieux tourné dans plusieurs provinces canadiennes et états américains. 24 février 19h30 (Cinémathèque)

 

Karakara de Claude Gagnon

Après avoir projeté son film au Japon, le nipponophile Claude Gagnon montrera aux Québécois pour une trop rare fois son dernier film sur grand écran. À ne pas manquer. 25 février 17h45 (Cinéplex Quartier Latin)

 

Misogyny/Misandry de Erik Anderson

Première mondiale de ce film canadien anglais dont on sait peu de choses. 25 février 19h00 (Cinéplex Quartier Latin)

 

Les manèges humains de Martin Laroche

Le film sort plus tard cette année, mais les RVCQ nous offre en exclusivité (ou presque) ce long-métrage dont les échos sont partagés. 25 février 19h30 (Cinéplex Quartier Latin)

 

 

Breaking the Frame de Marielle Nitoslawska

Portrait très réussi de l’artiste féministe Carolee Schneemann. Un must see pour tous les amants de l’art. 25 février 21h30 (Cinémathèque)

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Deux jours et demi de Pablo Diconca

Le Alphée des Étoiles espagnol présenté plus tôt cette année au FNC. À voir pour une rare fois sur grand écran. 26 février 19h30 (Cinéplex Quartier Latin)

La cicatrice de Jimmy Larouche

Avec une sortie prévue plus tard cette année, ce sera une chance de voir ce premier long-métrage de Jimmy Larouche en primeur. 1 mars 17h30 (Cinéplex Quartier Latin)

 

Le météore de François Delisle

Cette première québécoise sera accessible sur invitation seulement. Le film sort en salle le 8 mars. 2 mars 19h00 (Cinéma Impérial)

 

De plus, voici 4 soirées qui vaudront un déplacement à la Cinémathèque.

Soirée Xavier Anyways (23 février à 23h00)

Carte blanche au cinéaste le plus en vogue au Québec. Musique, discussions et performances sont au rendez-vous.

Les Oscars à la Cinémathèque (24 février à 19h30)

Soirée animée par Rebecca Makonnen et Jean-Philippe Wauthier lors de laquelle sera projetée et commentée la soirée des Oscars.

Le combat des films (26 février à 20h30)
Après une variation sur un même thème (le combat des livres) très réussie l’an dernier, les RVCQ invitent une fois de plus des personnalités de la sphère politique autour d’un débat visant à couronner le meilleur film de l’année 2012.

Hommage aux réalisatrices de court métrage (28 février à 19h00)

La scène des courts-métrages est de plus en plus dominé par les femmes. Une tendance que j’avais noté et qui sera souligné lors de cette soirée qu’il ne faudra pas manquer.

Les rendez-vous du cinéma québécois se tiendront du 21 février au 3 mars à la Cinémathèque québécoise, au Cinéplex Odéon du Quartier Latin, au Cinéma Impérial et dans plusieurs salles connexes.